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Sylvain Streiff, la musique comme ouverture sur le monde

L’envie précoce d’expérimenter

Tout petit, Sylvain Streiff s’est mis à faire du piano pour faire comme sa grande sœur. « Je ne saurais même pas dire comment tout a commencé. Je pense que j’ai voulu l’imiter juste pour l’embêter », me dit-il avec nostalgie. Ses débuts ont été plutôt doux, une méthode à l’allemande adaptée aux enfants avec de jolies mélodies et une approche ludique, m’explique-t-il. Mais un concours de circonstances : un déménagement, un nouveau professeur et des copains pas gentils à l’école l’ont mené à laisser de côté la pratique instrumentale pendant un temps.

Arrivé en classe de 3e, Sylvain récupère la guitare de son cousin (de dix ans son aîné) et se met à grattouiller des accords de son côté. Contrairement au piano, il entamera la guitare de façon un peu plus “sauvage” mais avec quand même un professeur pour l’accompagner dans ses premiers pas. Ses débuts ont plus été orientés vers le blues et c’est en dégottant le Beatles Complete qui trônait sur la bibliothèque familiale qu’il s’attaque à ses premiers morceaux.

Une passion débordante 

Comme beaucoup de jeunes de son âge à l’époque, les goûts de Sylvain étaient plus tournés vers le Hip-hop. Son rapport à la musique avait peu à voir avec la pratique instrumentale jusqu’à ce qu’il tombe sur les disques des jazzmen John Coltrane et Sonny Rollins. 

Sylvain me raconte qu’il a tout de même eu sa période de guitar heros avec notamment Joe Satriani, Steve Vai. « C’était très technique, il y avait trop d’extensions et c’était assez inconfortable. Mais ça m’a quand même permis de travailler à fond les gammes, les modes et ma dextérité ». Après seulement 1 an de guitare dans les doigts, Sylvain devient 2e guitariste d’un groupe de son lycée. 

« Je me suis très vite mis à improviser, composer et explorer les gammes. C’est très vite devenu sérieux, je passais le plus clair de mon temps libre à jouer de la guitare. »

Trouver le juste-milieu entre les études et la musique 

Il est très vite devenu évident pour Sylvain Streiff qu’il voulait devenir musicien professionnel. Le problème à ce moment est qu’il se rend compte qu’il n’a pas de cursus académique à son actif. Il s’inscrit donc au conservatoire pour suivre des cours de musicologie et de musique classique. Le deuxième hic, c’est que Sylvain est aussi très bon à l’école, particulièrement en sciences. Mais hors de question pour lui de faire un choix, il décide de poursuivre une prépa maths puis intègre Polytechnique sans mettre de côté la pratique de la guitare.

« Pendant la prépa, j’ai réussi à maintenir un rythme de jeu d’1h par jour et aller en club de jazz 2 fois par semaine. Lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai suivi des cours à l’ARPEJ  et au CIM (Centre d’Informations Musicales) en parallèle de mes études à Polytechnique. Au CIM, j’ai suivi le cursus d’un élève normal, c’était assez intense. Grâce à cela, j’ai pu intégrer le Berklee College of Music à Boston pour 3 semestres. »

Pendant ses études, Sylvain essaie de trouver le juste-milieu entre son amour pour la musique et la trajectoire de son parcours professionnel. Pour y parvenir, il intègre un master recherche à l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) et trouve un stage dans un laboratoire. Malgré ses efforts, il n’est pas satisfait et réalise que son envie profonde est de devenir musicien professionnel. Il part au Berklee College of Music pour se mettre sur les rails.

Ses conseils pour les jeunes musiciens en développement

La réponse de Sylvain se distingue de tout ce que j’ai pu entendre au cours de mes divers entretiens avec nos Créateurs.

« Le conseil que je donnerais à mon jeune moi musicien serait de ne pas avoir froid aux yeux. Ne pas en attendre trop de ce qu’on fait. Jouer avant de savoir. Faire confiance à ce que l’on joue et accepter que ce que l’on fait soit déjà bien. Et cela, dès le début de l’aventure musicale. »

J’en profite pour en savoir plus sur les moments compliqués de sa vie de musicien. Sylvain m’avoue qu’il n’a jamais été un joueur extrêmement technique. À cela, s’ajoute une mésaventure vécue lors de son séjour à Berklee. Une grave blessure aux deux bras suite à une pratique effrénée du piano à côté de son cursus de guitare. Il en ressortira avec 6 mois de rééducation et des séquelles encore visibles aujourd’hui.

Dès le début de sa carrière professionnelle, Sylvain Streiff savait donc qu’il était impossible pour lui de devenir un joueur virtuose. L’excellence, il l’a donc cherché ailleurs. Pas forcément technique, mais dans l’expressivité : la précision et l’exécution du geste. Par curiosité, je lui demande s’il y a un morceau qui lui a vraiment donné du fil à retordre dans son parcours musical. 

“Je dirais la Partita pour violon seul nº 3 de Bach adaptée à la guitare. Je n’ai jamais su la jouer en entier. Pour ce qui est du reste, j’ai toujours trouvé un moyen de m’en sortir.”

Le secret pour progresser vite à la guitare  

Quel que soit son niveau de jeu ou les années de pratique que l’on a dans les doigts, le conseil ultime de Sylvain Streiff est de se sentir bien avec son instrument.

« La principale erreur que je constate chez les débutants est qu’ils essaient d’accumuler les savoirs le plus vite possible. Bouger les doigts plus vite ou bien jouer des accords de plus en plus complexes. Ils laissent de côté la recherche du plaisir et la sensation de confort. Ils oublient souvent de capter ce que nous rend notre instrument lorsqu’on le joue. »

C’est une approche relativement intéressante, car beaucoup de musiciens (moi comprise) ont tendance à aborder l’apprentissage d’un instrument comme un challenge technique. Presque comme une pratique sportive où l’on se doit d’accomplir quelque chose.

Pour Sylvain, il s’agit avant tout de jouer une note en se sentant bien. C’est là que se trouve le véritable accomplissement et c’est cela qui devrait importer lorsqu’on débute. En tant qu’enseignant, Sylvain essaie donc de donner assez de temps de répétition pour arriver à cette sensation de confort. Il va donc par exemple se concentrer sur la posture afin que l’élève puisse trouver cette zone de détente. En conséquence, l’élève joue mieux et perd toutes les maladresses parasites liées à la frustration.

Vous pouvez admirer Sylvain à l’œuvre à partir de 3min30 lors d’une live session ambient expérimentale du groupe Make Like a Tree.

J’apprécie énormément l’approche de Sylvain qui est d’aborder la pratique instrumentale comme un état d’esprit. Son expérience de guitariste professionnel et expérimentateur lui a fait comprendre beaucoup de choses : on ne prend pas assez de temps pour apprivoiser son instrument. Ce qui fait que l’on adopte souvent une position de confrontation : jouer plus vite, faire moins d’erreurs à tout prix, s’acharner sur un accord jusqu’à ce qu’il sonne correctement.

« Au début, il faut accepter que l’instrument ne fasse pas encore partie de nous et prendre le temps de l’apprivoiser. Je conseille d’éviter la confrontation et de savourer les progrès pas à pas, jusqu’à trouver cet état de confiance qui va vous permettre d’évoluer dans les meilleures conditions. »

Comment convaincre un guitariste que lire une partition est utile ? 

C’est une question assez épineuse. En tant que guitariste, je n’ai jamais envisagé la possibilité d’apprendre à lire une partition avant d’intégrer l’équipe Jellynote. Au fond de moi, je me disais que c’était utile uniquement dans un cadre académique. Les arguments de Sylvain Streiff ont cependant eu une grande résonance en moi. Voici ce qu’il vous dirait si, comme moi, vous n’étiez pas convaincu par la partition en tant que guitariste : 

Sylvain vous explique les bénéfices de savoir lire une partition pour les gratteux.

​« Ma boîte à outils est ma roue de secours. Je pioche dedans quand j’en ai besoin, mais sinon, ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe autour de ma boîte à outils. »

« Se priver de la lecture revient à se priver de pouvoir ranger ce que l’on sait : y mettre un nom, y associer un objet ou une forme qui est analysable. Sans la partition, beaucoup de choses resteraient abstraites et ne pourraient rentrer dans ma boîte à outils. Savoir lire une partition me permet de mettre de côté ce que je sais et de continuer à découvrir de nouvelles choses. »

Portrait et interview de Sylvain par la télévision Vietnamienne NETVIET TV.

Son rôle au sein de Jellynote

Comme vous avez pu le voir sur la vidéo au-dessus, Sylvain Streiff est un grand admirateur des musiques du monde. Ce qui l’anime, c’est de s’intéresser à la façon dont la musique est pratiquée tout autour du globe. Cela lui a permis de conserver cette « beauté », qu’il me décrit. Cette façon très naïve de pratiquer la musique qu’il a voulu conserver au niveau professionnel. Les critères de ce qui est bien fait ou mal fait, beau ou laid, lui importent peu finalement. Cette vision et cette ouverture, il essaie de la retranscrire au sein de Jellynote, en tant que co-fondateur.

« Aujourd’hui, j’essaie de faire en sorte qu’au-delà de la partition, on trouve ce dont les musiciens amateurs ont besoin pour pratiquer davantage et soient plus heureux en jouant. »

Affaire à suivre ! 

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À propos de l'auteur
Amy est à la fois music nerd et DIY artist. Funambule du son, c’est avec ses guitares et ses pédales d’effets qu’elle comble tous ses élans créatifs. Elle mène un projet musical avec son frère à la recherche de contrées musicales encore inexplorées - mêlant shoegaze, dream pop et electronica. Ses guitar heroes : King Krule, Robin Guthrie (Cocteau Twins), Kevin Shields (mbv), Alex Scally (Beach House), Mitski, Adrianne Lenker (Big Thief) et Thurston Moore (Sonic Youth).
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